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Ne croyez pas les esprits chagrins qui prétendent que John Irving a perdu sa prodigieuse faculté d’invention, qu’il se répète, qu’il fait du John Irving ! On vous parie que si vous ouvrez ce pavé de plus de 800 pages, vous ne pourrez pas le refermer avant la dernière page, et à regret encore !
Parce que dans la famille des amputés de la vie à qui chaque instant qui passe enlève quelque chose d’essentiel qu’ ils regrettent jusqu’à la fin de leurs jours et recherchent dans toutes les relations qu’ils entretiennent avec les autres, Jack Burns, est le misfit Irvinien le plus pathétiquement cocasse depuis Garp !
Romancier barcelonais encensé par la critique internationale, Enrique Vila-Matas, né en 1948, est l’auteur d’une œuvre majeure dont une dizaine de titres ont été traduits en français. «Paris ne finit jamais» dont le titre fait écho au dernier chapitre du roman d’Hemingway «Paris est une fête» est une autobiographie, un roman d’apprentissage, «dans lequel tout est vrai parce que tout est inventé» dit- il. Portrait distancié et tendrement amusé de ses années de jeunesse à Paris dans les années 70, c’est aussi une chronique de la vie intellectuelle de l’époque, une méditation brillante et pleine d’humour sur l’écriture, la création littéraire et la naissance de la vocation d’écrivain, et une étude sur l’ironie, toujours si présente dans l’œuvre de Vila-Matas qui manie avec autant de bonheur l’auto-dérision que les citations érudites. Il raconte comment « jeune, beau et idiot », il est arrivé à Paris, sur les conseils de Marguerite Duras qui lui avait prêté une chambre de bonne, convaincu d’y vivre la bohême, d’y écrire un chef d’œuvre, et d’y être, comme Hemingway, «très pauvre et très heureux »;
Qu’il y soit en fait «très pauvre et très malheureux» n’est pas sans rapport avec sa timidité frisant la panique vis à vis des femmes, la grève des postiers qui, le privant des chèques paternels, l’obligea à accepter les dîners en ville et à hanter les cocktails, ou avec ses poses de poète maudit affichant son désespoir à la terrasse des cafés de Saint-Germain . Mais c’est aussi là qu’il a écrit son premier roman, même s’il l’a déchiré, qu’il a fait des rencontres et subi des influences littéraires décisives, même s’il s’en est libéré, et si pour lui «écrire, c’est ne pas appartenir à un pays» c’est là qu’il a compris que «lorsqu’on a vécu à Paris, il est impossible de s’installer où que ce soit, y compris à Paris.»
Phénomène comparable à ce que fut en France la publication du grand Meaulnes, ce livre culte, unique œuvre publiée d’Harper Lee, est un des plus grands romans de formation jamais écrits, et ses jeunes héros occupent la même place qu’Huckleberry Finn et Holden Caulfield dans la conscience collective américaine, (la fille de Demi Moore et Bruce Willis s’appelle Scout, comme l’héroïne du roman). Réédité sans interruption depuis sa parution en 1960, il est devenu un classique qui figure au programme de toutes les écoles américaines, a été traduit dans le monde entier et s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires. Le film de Robert Mulligan qui en a été tiré en 1962 est toujours n°1 dans le top ten des meilleures adaptations cinématographiques d’une œuvre littéraire.
Agée à présent de 80 ans, Harper Lee vit toujours en Alabama, où se situe l’action de ce roman en partie autobiographique. Dans les années 30, La petite Scout, âgée de 6 ans, son frère Jem qui va sur ses 13 ans, Dill Harris, leur petit voisin (inspiré de Truman Capote, son ami d’enfance, qui eut le culot, bien dans le style de ce peu scrupuleux personnage, de prétendre qu’il avait écrit les ¾ du roman !) vont être confrontés aux préjugés, à la peur de la différence, à la haine raciale et à la violence. Mais au-delà du contexte historique des états du sud encore traumatisés par les conséquences de la guerre civile, ce roman magique et intemporel délivre un magnifique message universel d’amour de tolérance : "c’est un péché de tuer un oiseau moqueur ".
«Deux personnes gentilles et désespérées qui n’arrivent pas à vivre sous le même toit, deux enfants anxieux, incapables de gaieté, même quand ils sont gais, la voici la famille Vinding », jusqu’à ce dimanche d’été des années 60 où Aksel, un adolescent de 15 ans regarde pour la dernière fois sa mère le saluer de la main avant d’être engloutie dans la cascade d’une petite rivière, non loin d’Oslo.
La musique représente le plus beau cadeau que sa mère lui ait offert, car « là où résonne la musique jaillit la vie, plus forte que nulle part ailleurs ». Au sein de la société des jeunes pianistes qu’ils ont crée, c’est cet ailleurs qu’Aksel et les quatre autres finalistes du ‘concours du jeune Maestro du piano’, qui partagent la même obsession dévorante pour la Musique la Musique
Nul autre que Ketil Björnstad, auteur, compositeur et musicien qui a 14 ans remporta le concours des jeunes pianistes, ne pouvait rendre avec la gravité intemporelle d’une symphonie, le douloureux cheminement qui mène de l’enfance à l’âge adulte.
Ce vingtième roman du grand John Updike est aussi une biographie romancée, un roman à clés où l’on croise au détour de la fiction, tous les grandes figures de la peinture américaine de la seconde moitié du XXe siècle, de Willem de Kooning, Barnett Newman, Clement Greenberg, Hans Hoffmann à Jackson Pollock et Andy Warhol, ces artistes de tous les excès et de toutes les audaces qui ont révolutionné la peinture contemporaine.
Dans sa maison du Vermont, Hope, une artiste peintre vieillissante, (mélange de Grace Hartigan , Helen Frankenhalter et Lee Krasner, la femme de Jackson Pollock) accepte de se laisser interviewer par une jeune journaliste de New York. L’espace d’une journée de printemps de Nouvelle Angleterre, elle se remémore une vie de tempêtes et de chaos à laquelle seule la peinture a su donner un sens, ses rencontres fulgurantes, ses amours tumultueuses avec son premier mari Zack McCoy, génie tourmenté qui noyait ses démons dans l’ alcool (directement inspiré de Jackson Pollock). Après la mort tragique de Zack, Hope rencontre Guy Holloway (dont les traits sont en partie empruntés à Andy Warhol) qui va devenir son second mari , le père de ses trois enfants et accéder à la célébrité dans une nouvelle forme d’expression artistique, le pop art. Méditation introspective mélancolique sur l’arrière saison de la vie, réflexion inspirée sur la création , Tu chercheras mon visage est aussi le vibrant et émouvant hommage d’un grand écrivain à l’Art et à la Beauté.
la Jamaïque.
Comme Zadie Smith et Monica Ali, Andrea Levy, née à Londres de parents Jamaïcains, explore dans son œuvre les problèmes auxquels sont confrontées les minorités ethniques en Angleterre. Dans ce quatrième roman touché par la grâce, qui a obtenu une reconnaissance internationale et reçu les prestigieux prix Orange et Whitbread, quatre narrateurs racontent au présent (qui se situe en 1948) et dans des flashbacks qui les ramènent en 1940, l’histoire confictuelle de deux couples pris dans la tourmente de la guerre et de la décolonisation, qui se confond à celle de deux îles, l’Angleterre et
Nul doute pour Hortense, la jeune institutrice pétrie de morgue, si fière de sa peau claire et de sa culture anglaise, fraîchement débarquée de Kingston pour rejoindre son mari Gilbert Joseph, ex héros de la RAF différente, et ses idéaux, ses rêves et ses illusions ne vont pas résister longtemps aux humiliations du racisme ordinaire. Les temps sont durs aussi pour Queenie Bligh, dont le mari n’est pas rentré à la fin de la guerre et qui survit tant bien que mal en louant des meublés dans l’immeuble misérable qu’il lui a laissé en partant. Mais il n’est pas bien vu de louer à des gens de couleur, comme elle va en faire la douloureuse expérience. Et lorsque Bernard son mari finit par revenir, lui aussi trouve que le pays a rétréci, mais même les souffrances qu’il a vécues en Birmanie ne l’empêchent pas de refuser d’avoir des Noirs sous son toit. Hortense et Queenie est une lecture indispensable, un roman magique, bouleversant et drôle, tout en grâce et en sensibilité, qui pose avec intelligence et délicatesse la question de la place des émigrés dans la société. Et les personnages d’Hortense et Gilbert, de Queenie et Bernard, attachants jusque dans leurs défauts et leurs faiblesses, sont d’une émouvante humanité.
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